Sébastien Chauveau, non-voyant dans les métiers de l’audio

Sebastien Chauveau, journaliste audio et non-voyant

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Sébastien Chauveau a été primé dans la catégorie pro des Prix du Podcast – Strasbourg 2021. Bruno de Chénerilles s’entretient avec lui. Il est journaliste radio, podcasteur, non-voyant et raconte son parcours professionnel, de la réalisation audio au journalisme radio, en passant par le podcast audio.

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Son parcours, ses activités professionnelles en audio, en podcast

Sébastien Chauveau : J’ai fait l’université en fac de droit et puis ensuite je me suis formé au journalisme. J’écrivais déjà des articles pour la presse locale et je me suis dit que c’était sympa ce métier. Ce serait sûrement moins long que des études de droit, donc je me suis lancé dans le métier de journaliste. Je me suis formé au CFPJ, le Centre de Perfectionnement et de Formation des Journalistes.

Au départ, j’ai fait beaucoup de presse écrite ou internet et quand je me suis rendu compte que la presse écrite commençait à battre de l’aile, il y a déjà une petite dizaine d’années, je me suis dirigé vers l’audio, via le podcast.

J’ai d’abord monté une web-radio.Elle n’a pas très bien fonctionné parce que c’était un peu précurseur comme domaine. Et puis je me suis formé avec un technicien du son en ligne, Étienne Tremblay de la Machine à Mixer et ça m’a permis d’acquérir de super bonnes bases et un bon bagage technique et puis bon an, mal an, j’ai fait mon chemin dans l’audio.

Ensuite, j’ai été chroniqueur pour Fréquence Ter durant plusieurs années. J’y ai eu plusieurs chroniques. Et puis j’ai fait des podcasts. Il y a 3 ans à peu près, je me suis vraiment destiné qu’à cela. Aujourd’hui je fais du podcast de marque pour les entreprises, pour les institutions.

Depuis 5-6 ans, je produis pour un diffuseur de programmes pour les radios locales privées en France, CMCF (Créations Maurice Clément Faivre). Je produis des programmes de sport, santé ou environnement qui sont diffusés sur une vingtaine de radios locales privées. Par exemple, une série de 20 documentaires qui s’appelle Autour de la Terre.

Toutes ces émissions sont d’abord des émissions de radio. Mais une fois que mon diffuseur a joué de son exclusivité, je les mets en ligne en podcast sur toutes les plateformes.

Le podcast La Grande Bleue par Sebastien Chauveau, journaliste audio et  non-voyant

Les difficultés des non-voyants en réalisation audio

SC : je dirais qu’il n’y a pas vraiment de difficulté pour le montage et le mixage, parce qu’on a accès à des logiciels qui nous sont plutôt assez accessibles. Le plus gros souci qu’on peut rencontrer ce sont les captations sur le terrain.

Personnellement, les déplacements ne me font pas peur. Parallèlement à mes activités professionnelles, je suis un grand sportif, donc je suis dynamique et je vais aisément sur le terrain. Mais quand on doit aller faire des captations de type micro-trottoir, quand on doit couvrir des événements, ça peut parfois être un peu plus compliqué.

Par exemple les manifestations. Moi, j’y vais. Mais il faut faire attention quand on est non-voyant. Il faut éviter d’aller au front, donc je vais sur les côtés et à l’arrière. Quand je fais des micros-trottoir, j’utilise 2 micros. En effet, pour nous c’est difficile de mettre le micro juste sur le visage de la personne.

Il y a des petites adaptations comme ça. Mais elles ne me posent pas vraiment de problèmes. Evidemment, je n’irai pas sur un théâtre de guerre, ça c’est clair. Mais on peut globalement tout faire en captation en prenant quelques précautions, en étant vigilant sur le terrain. Notons aussi que dans les déplacements, on est très dépendants des transports en commun.

Un véritable problème pour nous les non-voyants, c’est l’utilisation des enregistreurs d’aujourd’hui. Ils sont de plus en tactiles et pour nous, non-voyants, pas faciles à utiliser.

Les non-voyants, l’informatique et les logiciels audio

SC : La technologie nous a beaucoup aidé dans ce domaine. On a le choix comme Monsieur tout le monde entre Windows, Mac et Linux. Du côté des logiciels, c’est un peu l’inverse des enregistreurs, en quelque sorte. Tous ne nous sont pas accessibles évidemment, mais on dispose quand même largement de quoi faire pour travailler.

Il y a 3 logiciels qui sortent du lot en matière d’accessibilité :

  • Audacity : l’incontournable pour faire du montage amateur, pour se faire plaisir, pour découvrir. D’ailleurs j’ai commencé par ça.
  • Reaper : du côté professionnel, on peut sans problème travailler aussi bien qu’un voyant sur Reaper pour Windows ou sur Mac.
  • Logic Pro : côté Mac

Une fois qu’on a installé les extensions qui permettent d’utiliser son lecteur d’écran, on a parfaitement parfaitement accès à tout dans le logiciel. On peut très bien travailler, utiliser les plugins intégrés. Pour ma part, j’utilise aussi les plugins Waves et iZotope qui sont aussi parfaitement accessibles.

A part la correction spectrale, les égaliseurs graphiques, où il faut un petit peu s’arracher les cheveux. Mais pour le reste c’est parfaitement accessible. Il n’y a pas vraiment de soucis. Mais il y a quand même des logiciels qui ne sont pas accessibles pour nous : comme Adobe Audition, Cubase ou Protools.

Le podcast Question de santé par Sebastien Chauveau,  journaliste audio et  non-voyant

La réalisation de podcasts et les déficients visuels

SC : Je pense qu’il n’y a là pas plus d’intérêt pour les déficients visuels que pour les voyants. L’audio est juste plus accessible techniquement pour un déficient visuel que de faire de la vidéo, puisqu’il n’y a pas d’images. Bien que, personnellement, je fais de la vidéo, même du son à l’image, ce qui est un peu plus technique. Mais pour qui ne voit pas, c’est plus simple effectivement sur le plan technique de faire un podcast.

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