Pédagogie active – Et si apprendre commençait avant la théorie ?

Gwenaël Masson pratique la pédagogie active

Comment faire pour que les participants à une formation ne se contentent pas de mémoriser des informations, mais développent une véritable capacité à réfléchir, expérimenter et agir par eux-mêmes ? C’est l’une des questions centrales abordées dans ma rencontre avec Gwenaël Masson, formateur de formateurs, médiateur et créateur du podcast Les Brèves Pédagogiques.

Au cours de 2 épisodes du podcast Plan Sonore, nous avons confronté nos pratiques et nos expériences autour de 3 sujets étroitement liés : la pédagogie active, la pédagogie par projet et l’utilisation du podcast au service de la formation.

Cette conversation montre notamment que rendre une formation « active » ne consiste pas simplement à faire réaliser des exercices. Il s’agit d’abord de créer des situations dans lesquelles l’apprenant doit réfléchir, formuler des hypothèses, confronter ses idées et comprendre ses erreurs.

Elle montre aussi que le podcast peut devenir bien plus qu’un support de communication. Il peut prolonger une formation, partager des pratiques professionnelles, entretenir une relation avec une communauté et même constituer le cœur d’un projet pédagogique.

Qui est Gwenaël Masson ?

Gwenaël Masson exerce deux activités complémentaires : formateur et médiateur. Installé à son compte depuis 2013, il intervient principalement en Bretagne, mais également à distance et dans d’autres régions françaises. Ses domaines de spécialisation sont, d’une part, la communication non violente, la gestion des conflits et le management bienveillant et, d’autre part, la pédagogie et la formation de formateurs.

« Je forme des formateurs depuis 2015. J’interviens sur la facilitation graphique, la pédagogie active et l’amélioration de la posture pédagogique. »

Son activité de médiateur consiste à créer un cadre permettant à des personnes ou à des équipes en conflit de rétablir le dialogue.

« J’aime bien dire que je suis un peu un traducteur. J’aide les personnes à se comprendre, parce qu’elles ne parlent pas forcément sur le même plan ou des mêmes choses. »

Cette capacité d’écoute, de questionnement et de reformulation se retrouve naturellement dans sa vision de la formation.

1. La pédagogie active : mettre le cerveau en action

La pédagogie active est souvent présentée comme une méthode dans laquelle l’apprenant devient « acteur de sa formation ». Mais cette formule peut prêter à confusion. Pour Gwenaël Masson, demander aux participants de réaliser une activité ne suffit pas à faire de la pédagogie active.

« Il ne suffit pas de mettre les apprenants à faire quelque chose, qu’ils soient acteurs dans le mouvement, pour que l’on soit en pédagogie active. »

La distinction essentielle ne se situe donc pas entre écouter et agir physiquement. Elle se situe dans le fonctionnement intellectuel demandé à l’apprenant.

« Quand on parle de pédagogie active, c’est le cerveau qui est actif. L’apprenant réfléchit, raisonne par lui-même et essaie de trouver des solutions alors qu’il n’a pas encore reçu la théorie. »

pédagogie active - Gwenaël Masson en action

Partir d’une situation avant d’apporter la théorie

Dans une pédagogie descendante classique, le formateur commence généralement par expliquer une notion, une procédure ou une méthode. Les participants réalisent ensuite un exercice destiné à appliquer ce qu’ils viennent d’entendre.

La pédagogie active inverse ce processus. Le formateur propose d’abord une situation : une étude de cas, une simulation, un problème, un quiz, un document à analyser ou un ensemble d’éléments à classer. Les participants doivent alors mobiliser leurs connaissances antérieures, leur expérience et leur raisonnement.

« Le but de l’activité pédagogique est de faire émerger et de co-construire la théorie avec l’apprenant. »

La théorie n’est pas supprimée. Elle intervient après la première phase de recherche, afin de structurer les découvertes, compléter les réponses et corriger les erreurs.

« Si l’on donne la théorie avant l’exercice, l’activité devient principalement une application de ce qui a été mémorisé. Dans ce cas, le cerveau n’a pas réellement réfléchi : il a juste mémorisé. »

Cette nuance est importante. La pédagogie active n’est pas une pédagogie sans contenu ni formateur. Elle modifie l’ordre dans lequel les savoirs sont rencontrés.

Faire de l’erreur une source d’apprentissage

Proposer une activité avant la théorie oblige à accepter que les participants puissent se tromper. Mais cette erreur n’est pas considérée comme un échec. Elle devient une étape du raisonnement.

« L’erreur va être source d’apprentissage, parce que le cerveau aura émis une hypothèse. Quand on apporte ensuite la théorie, la personne se rend compte qu’il y avait une erreur. Elle s’en souviendra. »

L’apprenant ne reçoit plus simplement la bonne réponse. Il comprend pourquoi une hypothèse était incomplète ou inadaptée. Cette démarche favorise une appropriation plus profonde des connaissances et permet de dépasser la mémorisation à court terme.

Apprendre avec les autres

Gwenaël Masson utilise fréquemment le travail en petits groupes, notamment au début d’une activité.

« Réfléchir sur quelque chose que l’on connaît peu, à deux ou à trois, permet de lever la barrière du “je ne vais pas y arriver” ou du “je ne sais pas faire”. »

Le groupe réduit la peur du jugement et favorise l’expression des hypothèses. Les participants doivent expliquer leur raisonnement, écouter les autres et parfois remettre en cause leur première intuition.

« Il y a un soutien social, mais aussi une intelligence collective. Les personnes confrontent leurs avis et cela leur permet d’amplifier leur réflexion. »

Les activités peuvent prendre des formes très simples : cartes à classer, affirmations vraies ou fausses, études de cas, procédures à analyser ou missions à résoudre. L’important n’est pas leur apparence ludique, mais la réflexion qu’elles provoquent.

pédagogie active : les apprenants réfléchissent en petits groupes

Le débriefing, étape décisive de la pédagogie active

Une activité ne suffit cependant pas. Elle doit être suivie d’un débriefing structuré.

« Une pédagogie active ne fonctionne que s’il y a un temps de débriefing et d’apport théorique complémentaire après l’activité. »

Le formateur ne se contente pas de donner la correction. Il aide les participants à expliciter la manière dont ils ont raisonné.

Gwenaël Masson parle à ce sujet d’« intelligence pédagogique situationnelle ».

« Au moment du débriefing, il faut repérer comment les différentes personnes réagissent aux questions, creuser leur raisonnement et les aider à mettre en lumière ce qui s’est passé dans leur cerveau. »

Le débriefing développe ainsi une forme de métacognition : la capacité à observer et comprendre sa propre manière d’apprendre.

Écoutez l’épisode 1 :

Dans la première partie de notre rencontre, Gwenaël Masson présente son parcours, définit la pédagogie active et la distingue de la pédagogie par projet. Nous confrontons également ces principes à mes propres formations consacrées au podcast et à la production musicale en home studio :

 

2. La pédagogie par projet : apprendre à travers une réalisation concrète

La pédagogie par projet et la pédagogie active sont proches, mais elles ne désignent pas exactement la même chose. Dans une pédagogie par projet, la formation est organisée autour d’une réalisation finale. Le projet constitue un fil rouge qui donne une direction aux différentes étapes de l’apprentissage.

« On part de quelque chose à créer. On avance par étapes et ces étapes amènent à l’aboutissement d’un projet. »

Dans mes formations, par exemple, les participants arrivent avec un objectif précis : créer un podcast, produire leurs morceaux dans leur home studio ou améliorer la qualité de leurs réalisations audio. Chaque apprentissage technique est immédiatement relié à cette production.

Le projet donne du sens à l’apprentissage

L’un des principaux avantages de cette démarche est la motivation qu’elle génère.

« Avec un projet, on est proche du terrain. Cela donne du sens aux apprenants, crée de la motivation et de l’engagement, parce qu’ils voient immédiatement ce qu’ils peuvent faire de ce qu’ils apprennent. »

La question n’est plus seulement : « À quoi cette connaissance pourra-t-elle me servir ? » Elle trouve immédiatement son utilité dans le projet en cours. Mais le projet ne doit pas enfermer l’apprenant dans une seule solution.

Ne pas seulement résoudre le projet immédiat

Un participant à une formation podcast peut, par exemple, chercher à savoir quel microphone acheter. Le formateur pourrait simplement lui recommander un modèle adapté. Cette réponse résoudrait son problème immédiat, mais ne lui permettrait pas forcément de choisir lui-même un autre microphone dans un contexte différent.

« Si l’on fait uniquement le focus sur le micro qu’il faut pour un projet, la personne obtient une solution. Mais demain, si elle crée autre chose avec des variables différentes, aura-t-elle acquis la capacité de choisir le bon matériel ? »

L’objectif pédagogique ne consiste donc pas seulement à faire aboutir le projet. Il doit permettre d’acquérir des compétences transférables. L’apprenant doit comprendre les caractéristiques des microphones, leurs avantages, leurs limites, la directivité, la sensibilité, l’environnement acoustique et les conditions d’utilisation.

« Le projet n’est que le moyen pédagogique qui sert des apprentissages et des objectifs pédagogiques. »

Passer d’une formation-solution à une formation-apprentissage

Gwenaël Masson distingue ainsi 2 approches.

La première apporte une solution immédiatement applicable au projet.
La seconde développe une capacité de raisonnement qui pourra être réutilisée dans d’autres situations.

« Si la personne se dit seulement : “J’ai la solution que je voulais pour mon projet”, son cerveau peut se refermer. On est alors dans une formation-solution et non dans une formation-apprentissage. »

La réussite du projet reste importante. Mais elle doit s’accompagner d’une compréhension suffisamment profonde pour rendre l’apprenant autonome. Cette réflexion vaut pour le choix du matériel audio, mais aussi pour le montage, le mixage, la prise de son ou l’écriture d’un podcast. Il ne s’agit pas uniquement de reproduire une recette. Il faut comprendre pourquoi elle fonctionne.

Le rôle de l’écoute dans les formations audio

Dans une formation à la production musicale ou au podcast, l’une des compétences les plus importantes est rarement celle à laquelle les débutants pensent en premier : savoir écouter. On peut apprendre à utiliser un logiciel, régler un compresseur ou positionner un microphone. Mais il faut encore être capable d’entendre le résultat obtenu.

De nombreux débutants ne repèrent pas immédiatement une réverbération excessive, une voix trop éloignée, un bruit de fond, une saturation ou un déséquilibre de niveau. L’éducation de l’oreille se construit progressivement par la pratique, les comparaisons et les retours du formateur.

Cette capacité d’écoute dépasse d’ailleurs largement le projet audio initial. Elle développe l’attention, l’analyse et la perception des détails. La pédagogie par projet prend ici tout son sens : la réalisation d’un épisode de podcast permet d’acquérir des compétences techniques, mais aussi une nouvelle manière d’écouter.

3. Le podcast au service de la formation

Après avoir longtemps envisagé de créer un podcast, Gwenaël Masson a lancé Les Brèves Pédagogiques, une émission consacrée aux pratiques de formation et aux techniques pédagogiques concrètes. Son projet a mûri pendant plusieurs années.

« Je me disais que cela n’avait pas l’air si compliqué. Puis je me suis rendu compte que c’était du travail, que cela demandait du temps et qu’il fallait surtout répondre à une question : un podcast, d’accord, mais pour dire quoi et pour faire quoi ? »

Cette recherche de sens l’a conduit à choisir un positionnement précis : des épisodes courts, utiles et directement applicables par les formateurs.

« Je voulais qu’à la fin d’un épisode, celui qui l’a écouté puisse se dire : il y a quelque chose que je peux essayer et appliquer tout de suite. »

Prolonger la formation au-delà des séances

« Des apprenants peuvent venir en formation, puis écouter ensuite les épisodes. Le podcast devient une sorte de prolongement de la formation. »

Un épisode peut rappeler une méthode, développer un point abordé rapidement ou proposer une nouvelle activité pédagogique. Le podcast permet ainsi de maintenir un lien après une formation présentielle ou à distance. Il peut aussi préparer une séance, introduire un sujet ou servir de ressource complémentaire.

une apprenante écoute son podcast qui lui redonne plusieurs aspects de son contenu de formation - pédagogie active

Partager des pratiques professionnelles concrètes

Les Brèves Pédagogiques ne cherchent pas à couvrir toute l’activité de Gwenaël Masson. Le podcast se concentre volontairement sur la pédagogie.

« Je ne pouvais pas parler à la fois de communication non violente, de médiation et de pédagogie. À un moment donné, il fallait faire un choix. J’ai choisi la pédagogie parce que j’adore cela. »

Cette spécialisation rend le programme plus lisible et facilite la fidélisation d’une audience composée de formateurs, formatrices, responsables de formation et professionnels curieux de pédagogie. Le format alterne des épisodes individuels et des entretiens. Gwenaël prévoit notamment un invité tous les cinq épisodes, afin de conserver un équilibre entre richesse des échanges et charge de production.

Installer une relation de confiance

Le podcast joue également un rôle important dans la visibilité professionnelle. Il permet de faire entendre une voix, une posture et une manière de travailler.

« On peut être formateurs dans le même domaine sans travailler de la même manière. On n’a pas la même façon de s’exprimer ni le même relationnel. Le podcast donne à voir — ou plutôt à entendre — comment je travaille. »

Un site Internet présente des prestations, des programmes et des références. Mais il ne restitue pas toujours la personnalité du formateur ni sa façon d’expliquer. Après avoir écouté plusieurs épisodes, un auditeur connaît déjà la voix du professionnel, ses valeurs et sa manière de transmettre. Le podcast facilite ainsi la création d’un lien de confiance avant même un premier contact.

Reprendre la maîtrise de ses contenus

Le podcast présente aussi un avantage stratégique : il permet de ne pas dépendre entièrement des réseaux sociaux.

« Demain, si je n’ai plus envie d’être sur LinkedIn, si la plateforme change son algorithme ou disparaît, le podcast peut toujours être là. C’est quelque chose qui existe et qui m’appartient. »

Les réseaux sociaux restent utiles pour faire connaître les épisodes, mais le contenu ne dépend pas uniquement de leur flux. Associé à un site Internet et à une newsletter, le podcast contribue à construire un écosystème éditorial plus stable.

Donner du temps à la parole et à la réflexion

Dans un univers numérique dominé par les formats très courts, le podcast occupe une place particulière.

« Quand je parle d’une technique pédagogique, je peux la présenter, donner un exemple et la décrypter. Le podcast permet de donner du temps à un sujet et de donner à penser. »

La voix crée une relation différente de celle d’un texte ou d’une publication rapide. Elle permet les nuances, les hésitations, les exemples et les développements. Le podcast est ainsi particulièrement adapté à la pédagogie, car il laisse le temps d’expliquer sans imposer l’écran.

L’auditeur peut écouter en marchant, en conduisant ou pendant une activité quotidienne. Il choisit son sujet et échappe momentanément à la succession continue des images et des notifications. On pourrait presque définir le podcast comme un anti-scroll : un média dans lequel on accepte de rester avec une voix, une idée et un raisonnement.

Écoutez l’épisode 2 :

Dans la seconde partie de notre rencontre, Gwenaël Masson détaille les activités qu’il utilise en formation, l’importance du travail en groupe et du débriefing, puis raconte la naissance de son podcast Les Brèves Pédagogiques. Nous échangeons également sur la place du podcast dans une activité professionnelle, la création d’une audience de niche et la puissance de la parole pour établir une relation de confiance :

Pédagogie active, pédagogie par projet et podcast : 3 approches complémentaires

La pédagogie active met le cerveau de l’apprenant en mouvement. Elle lui demande de chercher, d’émettre des hypothèses, de confronter ses idées et d’apprendre de ses erreurs.

La pédagogie par projet donne une direction concrète à ces apprentissages. Elle permet de relier les compétences à une réalisation réelle et motivante.

Le podcast, enfin, peut prolonger cette démarche. Il transmet des ressources, valorise les expériences, entretient le lien avec les apprenants et permet de partager une expertise dans la durée.

Il peut même devenir lui-même un projet pédagogique complet. Créer un podcast oblige à rechercher des informations, structurer un propos, écrire, enregistrer, écouter, corriger, monter et publier. Autrement dit, le podcast ne constitue pas seulement un média au service de la formation. Il peut devenir un formidable terrain d’apprentissage actif.

Pour aller plus loin :

Vous pouvez écouter Les Brèves Pédagogiques, le podcast de Gwenaël Masson sur les plateformes majeures : Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Amazon Musics, YouTube.

Le site web de Gwenaël : https://www.ccom-formation.fr/

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