Une table de mixage, pour quoi faire ?

En ce premier quart du 21ème siècle, beaucoup de discussions techniques, voire polémiques, reviennent dans les milieux du son et de la musique autour des technologies employées. Un de leurs sujets récurrents : la console de mixage. Doit elle être analogique ou numérique ? Est elle encore même nécessaire ? Comment investir judicieusement dans un tel équipement ? 

Dans cet article nous allons tenter de clarifier le débat en commençant par reposer clairement les enjeux techniques pour en déduire des choix stratégiques pertinents.

Que fait-on sur une console de mixage ?

La définition Wikipedia

Une console de mixage, aussi appelée pupitre ou table de mixage, est un appareil de traitement du signal audio se présentant sous la forme d’une console sur la face supérieure de laquelle sont disposés des organes de contrôle, servant à mélanger, dans des proportions déterminées par l’opérateur, plusieurs sources sonores (entrées, inputs) vers plusieurs destinations (sorties, outputs).

Quelques précisions

Les sources sonores à mixer sont chacune connectées à une piste d’entrée (input track), puis elles sont mélangées vers la ou les sorties, généralement une piste stéréo (stéréo out ou master out) à laquelle on va connecter le dispositif d’écoute (monitoring) constitué au minimum de 2 haut-parleurs.

Mais on peut aussi envoyer les signaux sonores vers d’autres éléments, effets, retours… C’est ce qu’on nomme le routing du signal. Interne et/ou externe, ce dispositif de routing est composé d’ inserts, de sends, de groupes, bus, sous-groupes, etc.

Quels sont les besoins dans les différents contextes ?

Sonorisation grande scène

Sur une grande scène, on veut pouvoir capter et mixer un grand nombre de sources sonores, instruments, voix et les mixer indépendamment pour le public en salle (sonorisation façade) et pour les musiciens sur scène (sonorisation retours).
Typiquement, on aura besoin d’une grosse console comportant au minimum 24 voies d’entrée 8 sous-groupes et 2 sorties master : c’est ce qu’on nomme une console 24/8/2.

Mais bien sûr cela ne s’arrête pas là : les consoles de sono 32/16/2 sont souvent employées dans les grands évènements musicaux.L’ergonomie de cette console est très importante car le sonorisateur a besoin d’intervenir facilement et instantanément, en temps réel, en live sur tous les réglages.

Sonorisation petite scène

Petite scène, petite salle riment en général avec des effectifs sur scène moins importants. Voilà pourquoi la console de mixage standard sera plus compacte : très souvent une 16/4/2.Le nombre de paramètres accessibles instantanément est naturellement moins élevé, mais on est toujours dans la même logique d’utilisation.

Auto sonorisation

Dans le cas très répandu des tout petits clubs, des cafés-concert, des groupes se produisant sur scène par leurs propres moyens dans des tout petits évènements, les musiciens peuvent être amenés à devoir se sonoriser eux-même en plaçant une petite console de mixage sur scène sans sonorisateur.

Dans ce cas, il est évident qu’une table numérique programmable permet de réaliser cette auto sonorisation dans les meilleures conditions. Le mixage de chaque morceau sera alors minutieusement programmé en répétition et un des musiciens sera en charge de rappeler la mémoire correspondante en début de chaque morceau.

Spatialisation

Des cas très particuliers de sonorisation spatialisée sur un plus grand nombre de haut-parleurs répartis dans l’espace de la salle existent en musique électroacoustique (diffusion sur acousmonium), dans des spectacles ou des installations multimédia. On utilise alors des consoles plus atypiques qui comportent moins d’entrées, mais beaucoup plus de sorties pour diriger le signal sonore vers un grand nombre de haut-parleurs.

Studio pro

Dans un studio d’enregistrement professionnel, une grosse console trône au centre de la cabine de régie et permet à l’ingénieur du son et au producteur d’avoir au mixage tous les signaux sonores des différents instruments littéralement sous les doigts.Dans un grand studio la console est en général une 32 ou une 64 voies.

Comme nous allons le voir elle peut encore être analogique, mais le plus souvent elle sera numérique pour permettre d’automatiser un certain nombre de réglages et de comportements.

Home studio

Le petit studio de création sonore et musicale appartenant le plus souvent à un musicien ou à un producteur, lui permet d’être plus autonome dans les étapes de recherche et de composition. Il peut ainsi disposer de plus de temps de conception sans louer un grand studio onéreux.

L’équipement audio ayant considérablement progressé, de plus en plus d’albums ou de réalisations audio sont même menées à terme de bout en bout dans ce genre de studios. Ceci suppose des stratégies de production différentes, mais pas nécessairement de sacrifier la qualité des réalisations.

Quelles sont les différentes technologies employées ?

Analogique

Une console traditionnelle ne comporte que des réglages manuels. La qualité de fabrication de son électronique est alors primordiale et c’est son atout majeur. Si elle a de très bons préamplis pour les micros, la qualité du signal sera préservée.

Les consoles professionnelles de grande marque ont aussi la réputation d’avoir chacune une personnalité sonore bien particulière. C’est leur principal atout.

Leur point faible : pas d’automatisation, de programmation possible.

Numérique

Une console numérique va fonctionner un peu différemment les signaux sonores entrants vont être numérisés. Les traitements à l’intérieur de la console, ainsi que ses commandes sont informatiques et pourront donc facilement être automatisés, programmés numériquement.

Le son sera ainsi enregistré numériquement dans un logiciel qui permettra de réaliser le mixage sans forcément utiliser la table de mixage.

Virtuelle

Une console de mixage virtuel n’est pas un appareil physique, matériel (hardware). C’est une application software qui permet de router tous les signaux sonores, de les traiter, de les mixer en numérique dans l’ordinateur. Cette table virtuelle fait alors partie intégrante du logiciel de production audio.

On utilise dans ce cas des outils visuels et de programmation à l’écran qui peuvent être manipulés autrement. Les gestes de l’ingénieur du son sont alors considérablement modifiés, même si les résultats obtenus sont fondamentalement les mêmes.

Quelques idées reçues et fort répandues

Analogique versus Numérique

L’apparition de l’enregistrement numérique au début des années 90 a provoqué un électrochoc chez les professionnels suivi de plusieurs secousses secondaires dans les années qui ont suivi et dont les résurgences sont encore loin d’être épuisées.

Deux facteurs importants de polémique tendent encore à s’opposer au numérique.

Le plus important est sans doute la résistance au changement des professionnels eux-même et qui avec le temps se transforme en nostalgie, en ce fameux poncif du « de nos jours tout fout le camp et que c’était mieux avant ».

Et le deuxième est en quelque sorte une légende qui va dans le même sens et qui vient des débuts du numérique balbutiant où les ingénieurs et les producteurs n’avaient pas encore l’expérience de cette nouvelle technologie et ne savaient pas encore s’en servir : le son numérique serait moins bon que l’analogique.

L’image des grosses consoles

Les grosses consoles de mixage ont une aura mythique. L’image, la vitrine d’un grand studio est en quelque sorte sa grosse console de mixage. Elle impressionne très favorablement le client, le met en confiance et elle va influencer considérablement son écoute.

Bon nombre de studios notamment ceux qui travaillent pour la pub pourraient se passer d’une grosse console en cabine. Ils ne l’utilisent quasiment pas. Mais elle est là, de l’aveu même des propriétaires de ces studios, pour l’image du studio et justifier les tarifs élevés facturés au client.

D’une manière générale et pour simplifier le problème, disons que cette image mythique est largement surévaluée et toujours assez subjective.

De la nécessité d’utiliser une console de mixage

Les vrais professionnels sont rares, ceux qui peuvent légitimement revendiquer le titre d’ingénieur du son parce qu’ils en ont les connaissances, l’expérience, les compétences et le talent. Dans une écrasante majorité des cas, ils n’utilisent pas la console de mixage dans l’étape de la prise de son.

Tous accordent une importance primordiale au choix et au placement des micros : le son prélevé par le micro doit être naturel et respectueux de la source. Le chemin du signal doit être le plus direct possible du micro à la piste d’enregistrement.

Reste alors l’usage de la console pour mixer et réaliser le produit final. Mais force est de constater que dans la plupart des cas, on a la possibilité de nos jours de mixer le produit final directement dans le logiciel, sans ressortir de l’ordinateur.
Dès lors la console de mixage numérique a tendance à se transformer en une simple télécommande du logiciel. Et le fait de rester dans le domaine numérique permet de préserver la qualité initiale de l’enregistrement.

Mais dans ce cas, la console devient véritablement facultative. Ce mode de mixage devient virtuel, beaucoup plus souple et intuitif. Il permet d’essayer très facilement des options différentes et de gagner du temps technique qu’on pourra consacrer à la création.

Les outils les plus importants dans la production musicale et sonore

Au contraire, les deux catégories d’outils les plus importants dans la production et la réalisation audio restent sans aucun doute : les microphones et les haut-parleurs. Ils permettent à l’ingénieur du son de capter les sons et d’écouter le résultat.

Tous les outils qui se trouvent dans la chaîne de production entre ces deux là, c’est-à-dire entre l’entrée et la sortie sont en fin de compte secondaires. Certes il convient de les maitriser, mais le point fort d’un très bon ingénieur du son reste toujours son oreille. C’est elle qui lui permet de placer le micro là où il faut et c’est elle aussi qui lui permet de contrôler et d’évaluer son travail de réalisation sur les haut-parleurs.

Les facteurs budgétaires

Sonorisation

Comme nous l’avons vu précédemment, en sonorisation, les consoles de mixage sont de tailles très différentes et proportionnelles à celle des évènements sonorisés.Une petite console professionnelle 16/4/2 de bonne qualité coûte environ 1 500 €.

Une grosse console 32/8/2 se situe dans une fourchette de 5 000 à 15 000 €. Peu de différence de prix entre console analogique et numérique. On peut donc espérer avoir une qualité légèrement supérieure à prix égal pour une analogique.

Mais attention toutefois aux effets de marque qui peuvent être très subjectifs, mais aussi à la qualité très variable de la fabrication.

Studio

Une grosse console de studio 32/8/2 peut être elle dans une fourchette de prix plus resserrée. Le haut de gamme est plutôt la norme, car on va chercher la qualité optimale des composants, de la conception et de la fabrication. 10 000 à 25 000 €.

On voit que pour un studio, c’est un investissement important qu’il faut pouvoir amortir rapidement. Car la course à l’armement est aussi la règle dans ce domaine et peut faire la différence avec la concurrence, tout au moins dans l’esprit des clients.

Home studio

En home studio, on dispose par définition d’un budget compté. Par conséquent on pourra faire carrément l’impasse sur une table de mixage.Une bonne table de mixage 8/2 vaut environ 500 €.

Dans ce contexte, à prix égal, il vaudra beaucoup mieux investir dans une interface audio de très bone qualité avec un nombre de préamplis-micro limité à 4 par exemple. Il vaut mieux avoir moins d’entrées micro, mais de meilleure qualité.Il ne s’agit pas forcément d’économiser de grosses sommes, mais d’investir utilement pour viser une qualité technique supérieure. Il vaut mieux avoir moins d’entrées micro, mais de meilleure qualité.

En conclusion

D’un point de vue purement technique, la console de mixage est loin d’être aujourd’hui un outil indispensable à la production musicale et à la réalisation sonore.

Les nouvelles technologies numériques nous permettent d’en faire avantageusement l’impasse dans le cas du home studio et du petit studio pro, sauf dans le domaine de la sonorisation et du gros studio commercial.

 

Bruno de Chénerilles
 

Formateur et expert en Nouvelles Technologies du Son et de la Musique - Fondateur de Plan sonore, Audio Formations et Audiorama - Compositeur, performer et producteur.

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